cochon d'inde

Publié le par loriane

Il a la cinquantaine, plutôt "propre sur lui", en costume, l'air sympathique. Il attend dans la salle d'attente, les genoux sagement serrés, une "boite à NAC" (les petites boîtes de transport en plastique de couleur) sur les genoux. En fait, il n'a pas l'air habitué des salles d'attente de véto, on voit qu'il observe attentivement cet environnement inconnu.

J'avais vu le matin sur le planning qu'on attendait un cochon d'inde.

Les filles ont noté dans la salle d'attente virtuelle de l'ordinateur "Mr Truc, "Oseille", ne mange plus depuis 2 jours". Les cochons d'inde ont toujours des noms marrants!!
Je clique vite fait pour voir l'historique avant de le recevoir, c'est bien ce que je pensais, il n'est jamais venu. Par contre le cochon d'inde a 7 ans, je me demande si les filles n'ont pas buggé!

Je fais rentrer le monsieur, je lui demande ce qui l'amène (note pour les jeunes : toujours demander le motif de consultation directement au propriétaire) : il m'explique que son cochon d'inde ne va plus du tout, qu'il ne mange plus depuis 2 jours, en plus d'une hématurie, il reste en boule dans un coin et semble avoir mal. Il s'avère qu'il vient pour une euthanasie, la décision semble prise.

J'examine la bête quand même, les dents sont nickel chrome (bravo pour 7ans!), je vérifie la date de naissance mais c'est bien un vieux, je pense à des calculs urinaires (déjà vu, déjà opéré -avec succès nananère-).

Je loue à voix haute la propreté du bestiau, le poil brillant, les ongles coupés de près, le propriétaire me confirme que sa femme le shampouinne une fois par semaine et qu'ils le brossent régulièrement. C'est amusant, parce que je vois bien que cet homme n'a pas une tête d'obsedé des animaux comme on peut en voir, il a l'air parfaitement équilibré avec une vie normale, j'ai du mal à l'imaginer peigner son cobaye! Vu comment il décrit les choses, c'est plutôt une question de bien-être de l'animal, sur l'air de "on en a pris un, on l'assume, c'est pas pour le laisser dans un coin". J'aime bien ça, son capital sympathie augmente!

Je lui parle de mon hypothèse, mais non, il ne veut pas d'examens complémentaires (radio), et il ne veut plus que son cobaye souffre. En même temps, je ne vais pas forcer cet homme à faire des frais sur un animal de 7 ans. Je lui explique donc la procédure (anesthésie/euthanasie), et pendant que son cochon d'inde s'endort tranquillement, que je m'active avec mes injections et mon stétho, je le fais parler de son animal (l'"anesthésie verbale", expression piquée à un médecin généraliste). Il répond avec mesure mais avec enthousiasme, je n'ai pas besoin de le relancer, il m'explique les comportements marrants qu'avait son cobaye, parle de son intelligence, que c'est le premier véritable animal de compagnie qu'il a eu...

C'est fini, je lève la tête, je pose mon stétho et je vois que mon cinquantenaire avait gardé une voix ferme, mais avait les larmes aux yeux pendant toute la discussion...


Publié dans Real-life au boulot

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mado 27/10/2009 20:10


Mais c'est hyper triste..... Tu viens de me plomber le moral !!!


Lorna 20/10/2009 10:30


c'est encore moi!

coincidence... ma meilleure amie a passé la nuit dans le champ avec sa jument et vient de la faire euthanasier ce matin... encore des larmes...


Grr 20/10/2009 10:03


Ben ça me touche beaucoup. En plus, c'est bien écrit. Et Fourrure qui renvoit à son billet sur l'euthanasie, et la vache docile césarisée qui partira de toutes façons à l'abattoir dans quelques
mois parce qu'elle a 12 ans et le super chat très câlin euthanasié parce qu'il avait une tumeur gastrique et, et ...et merde!


lo 20/10/2009 12:58



merci Grr ;-)!
et j'adore le blog de fourrure...



anlo 20/10/2009 09:54


une belle histoire de vie.... qui m'a mit les larmes aux yeux.


Lorna 20/10/2009 08:03


Je découvre ce billet par le biais de boule de fourrure.

j'ai eu une ratte qui avait une tumeur des voies respiratoires. quand il aurait fallu l'euthanasier je n'en ai pas eu le courage. je l'ai ramené à la maison et l'ai soigné jusqu'a la fin. au bout
de trois jours elle m'a quitté mais elle a reçu tout l'amour que je pouvais et je ne pense pas qu'elle ait souffert

mais me voilà en larme car ce billet me rappelle l'euthanasie d'une de mes rattes, mon bb. je l'avais vu naitre et elle est morte dans mon cou. j'ai gardé longtemps la sensation de son petit corps
dans mon cou...




lo 20/10/2009 13:01



les décisions d'euthanasie ne sont jamais faciles à prendre...